Les recruteurs vous le diront : opérer son choix sur les simples critères du Curriculum Vitae et de la vieillissante lettre de motivation s’accompagne d’une prise de risque avérée. Et si le candidat idéal n’était pas forcément à l’aise avec le périlleux exercice d’équilibre qu’exige la rédaction de la lettre ? Et si parmi la pile de CV qui prend la poussière dans votre tiroir se trouvait l’oiseau rare ?

Ces contretemps sont en réalité les premiers catalyseurs de l’innovation dans les méthodes et les outils de recrutement, avec bien entendu l’évolution soutenue des nouvelles techniques d’information et de communication (NTIC). Aujourd’hui, la génération Z débarque dans le monde si particulier de l’entreprise : elle n’a pas connu le monde sans les NTIC, elle dégaine le smartphone plus vite que son ombre et elle a le clic facile. C’est sur cette description plutôt caricaturale que se sont basés les premiers instigateurs du serious game (SG) à vocation de recrutement. Décryptage…

Aperçu historique du « jeu sérieux »

Discuter d’un sujet tabou en diluant sa gravité dans l’amusement. C’est ce que prônait le mouvement humaniste en Italie dès le 15e siècle. Le « Serio Ludere » se muera par la suite en style littéraire dont Montaigne deviendra la figure la plus illustre en France, usant d’un ton léger et humoristique pour dénoncer les dérives de la société. Les prémices contemporaines du jeu sérieux dans son acceptation moderne remontent aux années 1970 et à l’œuvre de Clark Abt sobrement intitulée « Serious Games ». Ce chercheur allemand « adopté » par les Etats-Unis au lendemain de la Deuxième Guerre Mondiale voit dans les jeux de sociétés, les activités de plein air, les jeux de rôle ou encore les simulations sur ordinateur d’excellents vecteurs d’apprentissage et de diffusion de messages éducatifs, mais aussi commerciaux et politiques. Aujourd’hui, le jeu sérieux comporte une forte connotation vidéo-ludique et prend vie le plus souvent sur un support électronique ou informatique.

Le serious game appliqué au recrutement

Comme souvent, c’est à l’armée américaine que l’on doit le développement des jeux sérieux à des fins de recrutement. Depuis, le concept s’est peu à peu démocratisé et s’impose de plus en plus comme un outil RH innovant, en complément des cheminements traditionnels des processus de recrutement. Ainsi, le serious game se présente comme un facilitateur du recrutement et de l’évaluation des salariés. Il s’agit donc de placer le candidat dans une situation concrète directement inspirée du quotidien opérationnel de l’entreprise pour ensuite observer ses réflexes, ses réactions aux différents rebondissements et évaluer la pertinence de ses décisions. Selon Perrine Corre, responsable business development chez Wizarbox, studio de développement de jeux vidéo, le serious game permet « d’éviter tout le stress lié aux entretiens en face à face, notamment devant un jury ». Le fait de « se mesurer » à un ordinateur ainsi que le défi proposé par le jeu font que le candidat « oublie qu’il est évalué et se comporte comme il le ferait dans la vraie vie ». Résultat ? Les biais qui résultent du stress et de la pression sont drastiquement réduits, révélant par là-même une grande partie du potentiel du candidat. Par ricochet, la sélection et la décision d’embauche devient plus rationnelle et se fonde sur une simulation ciblée et préalablement préparée avec le concours des responsables des départements concernés par l’opération de recrutement. Le serious game permet donc d’asseoir le recrutement dans un cadre rationnel et empirique.

Si à terme, le serious game devrait poursuivre sa percée chez les DRH, il est très peu probable qu’il face de l’ombre aux techniques dites traditionnelles de recrutement. Le SG adopte plutôt une posture complémentaire à la sélection sur dossier et aux autres méthodes qui ont fait leurs preuves.

Le serious game : un atout de taille dans la guerre des talents

Dans un contexte économique marqué par une intensité concurrentielle très relevée, la course aux talents devient un enjeu stratégique vital. De nombreuses études affirment que l’inéluctable pénurie des compétences et des savoir-faire reste la principale menace à la croissance future des entreprises à moyen terme  (McKinsey, 2012). La demande en profils de plus en plus qualifiés va crescendo ; il est donc primordial de s’armer des outils les plus performants non seulement pour identifier la perle rare, mais aussi pour l’attirer. Il ne suffit donc pas de trouver le meilleur profil. Il faut dénicher le « perfect match » ou le candidat parfait pour l’entreprise, qui s’épanouira en son sein tout en se montrant efficace et performant. Le serious game, par sa dimension pragmatique et ludique, s’inscrit parfaitement dans cette optique et concoure à « sécuriser » au maximum la validité du candidat.

Le serious game en France : des balbutiements prometteurs

Le serious game est en plein essor, et profite de la saturation du marché du jeu vidéo pour s’imposer comme un levier de performance pour les développeurs. « Ce marché étant à saturation, de nouvelles ramifications sont en train de se développer : les serious games, la gamification et le game for change », explique Amaury Laburthe, fondateur de la société Audiogaming.

Au vu de la récence du concept, il est encore trop tôt pour l’évaluer et le quantifier. Cependant, les données qualitatives tirées des retours d’expérience des départements RH qui se sont essayé au serious game laissent à penser que l’outil est promis à un bel avenir. On peut d’ores et déjà affirmer sans prendre trop de risques que « les salariés qui ont été formés par le biais des jeux sérieux se sont déclarés très satisfaits », comme l’affirme Delphine Guidat, experte dans le secteur de la formation professionnelle.

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