Comme toutes les activités économiques, le monde du recrutement n’échappe pas à la digitalisation de ses métiers. Deux grandes tendances semblent se dégager dans ce domaine : l’apparition de grandes plateformes de mise en relation directe, et l’application des big data à la recherche d’emploi.

Grisés par ce vent de nouveauté et les nouvelles perspectives qui s’ouvrent devant nous, certains promettent la mort du chômage. Sans aller jusque-là et en gardant la tête froide, nous pensons qu’il y a lieu, pour les acteurs traditionnels du recrutement, de se réjouir de cette digitalisation pour différentes raisons.

Tout d’abord, les premiers bénéficiaires sont nos clients, les entreprises, qui disposent désormais d’une meilleure transparence sur la gestion de leurs demandes, et profitent d’une plus grande réactivité pour leurs besoins de recrutements urgents.

Les candidats voient également ce virage numérique d’un bon œil dans la mesure où ils n’ont plus de contraintes de lieu ou de temps pour suivre leurs recherches d’emploi. Armés de leur téléphone, de leurs tablettes, ou de leur PC, ils peuvent postuler partout à et à tout moment du jour comme de la nuit.

Enfin, les consultants, nos experts en « recrutement », trouvent dans les outils digitaux les moyens de se décharger des tâches administratives fastidieuses et l’opportunité de se concentrer sur leur cœur de métier : le sourcing, les entretiens avec les candidats et la gestion de la relation avec les clients.

A l’heure où l’on évoque bien souvent le digital comme une menace pour les activités économiques traditionnelles, à travers le néologisme d’« ubérisation », le monde du recrutement ne doit pas craindre une révolution complète de son métier. Des adaptations seront nécessaires, mais l’heure du Grand Soir n’a pas sonné.

En effet, la digitalisation croissante des RH renforce paradoxalement la légitimité des acteurs traditionnels qui ont toujours été des « tiers de confiance » indispensables. Contrairement à la réservation d’un taxi où la personnalité du taxi n’a jamais été un paramètre du choix des clients, le recrutement fait appel à une relation de confiance, et impose de s’assurer de la compatibilité entre le candidat, son futur manager, et l’entreprise qui va l’accueillir. Chacun sait bien à quel point un mauvais recrutement peut nuire à une entreprise.

Le consultant en recrutement permet précisément de fluidifier ce choix et de s’assurer que le candidat est le bon. Face à la profusion de CV qui inonde Internet, face à la multiplicité des profils, des qualifications, des expériences, des compétences supposées ou confirmées, comment s’assurer de faire le bon choix ? Seul l’expertise et le regard des professionnels du recrutement permettent de prendre la bonne décision. Voilà pourquoi, la digitalisation ne doit pas être abordée comme une menace mais davantage comme une opportunité pour les recruteurs.

Mais, il y a plus, et notamment pour les acteurs de l’intérim comme Ergalis. La proposition de valeur des agences d’intérim ne repose pas uniquement sur la sélection d’un bon candidat, ce qui est déjà très important, mais aussi, rappelons-le, sur une offre de services « clef en main ». Le client délègue tous les aspects administratifs du recrutement à son agence d’interim : la sélection, la qualification (des compétences et des disponibilités), la contractualisation, les relevés d’heures, la paie, les déclarations aux organismes…

A cet égard, la digitalisation complète de l’interim, ou son ubérisation, ne constituerait en rien un avantage pour les clients, et pourrait même représenter un recul et une dégradation dans la proposition de valeur du service vendu. Imagine-t-on le client passer des heures à consulter tous les CV pour sélectionner les profils, les comparer, se pencher sur sa convention collective pour remplir numériquement le contrat de travail… ? Avec, cerise sur le gâteau, un niveau de tarification équivalent des plateformes digitales comme on le constate aujourd’hui !

Les acteurs traditionnels du recrutement, et de l’intérim en particulier, ne pourront faire l’économie d’une digitalisation partielle de leur métier. Toutefois, le véritable défi qui se présente à nous consiste à trouver les moyens performants pour bâtir des ponts entre le numérique et l’expertise humaine de nos consultants. Car, ne l’oublions pas, dans le recrutement « il n’est de richesse que d’hommes ».

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Frederic Noyer
Président du Groupe Ergalis