Le Centre d’Études et de Recherches sur les Qualifications (Céreq) a récemment publié son enquête 2013 sur les conditions d’emploi (insertion et qualité de l’emploi) de la génération 2010.

Ces jeunes actifs, sortis du système éducatif en 2010, subissent en 2013 le plus fort taux de chômage constaté par le centre depuis 6 ans.

Caractéristiques de la Génération 2010 en 2013

N.B : L’étude compare principalement les jeunes sortis du cursus scolaire en 2010 à ceux sortis en 2004 (enquête précédente).

Plus diplômée : seulement 16% ne sont pas diplômés. Leur niveau d’étude est supérieur grâce au passage progressif du LMD Licence Master Doctorat qui a fait doubler le nombre de masters. Cependant, l’effectif total des diplômés de l’enseignement supérieur reste équivalent. Baisse des CAP, BEP et hausse des Bacs pro pour les diplômés du secondaire.

Plus d’apprentissage : Il concerne 1 jeune sur 5 et plus particulièrement les hommes (2/3).  Ce type de formation a particulièrement été sollicitée lors des études supérieures alors qu’historiquement elle était cantonnée aux études secondaires.

Accroissement de la reprise des études : en 3 ans, 9 % des jeunes sortis du système éducatifs en 2010 ont repris leurs études (contre 6 % pour la génération 2004).

Salaires stables : En euros constant, les salaires entre les deux générations sont équivalents mais leur progression est moins rapide pour les primo-sortants en 2010. 50% vont toucher un salaire net mensuel supérieur à 1340 € (+70 €, inflation inclue, en comparaison avec les jeunes sortis en 2004)

Importance des réseaux : 35% des interrogés ont trouvé leur emploi à la suite de leur stage ou contrat en apprentissage (+5%). 21% grâce à la connaissance d’un employé en interne. 28% par candidature spontanée et seuls 8 % grâce à un intermédiaire (pôle emploi , APEC) et  8 % par un    organisme de formation.

Différences Hommes – Femmes qui perdurent mais diminuent : sur l’ensemble de la population interrogée, les femmes sont moins en recherche d’emploi (20%) que les hommes (23%) grâce à leur meilleur niveau d’études. Cependant, à diplôme comparable, elles sont plus nombreuses au chômage et leur salaire est moindre. Elles occupent plus de contrat à temps partiel contraint (2 fois plus que les hommes) et sont moins embauchées en durée indéterminée.

Des jeunes touchés par les différentes crises

Un chômage qui s’est intensifié

En  2013, 1/5 des jeunes arrivés sur le marché de l’emploi en 2010 est au chômage.

Contrairement à un processus classique, par exemple pour la génération 2004 qui voit son taux de chômage se stabiliser lors de sa troisième année sur le marché de l’emploi ; la courbe de la génération 2010 remonte fortement pour atteindre les 21 % en avril 2013.

Les raisons sont essentiellement conjoncturelles : cette génération a subi deux crises économiques coup sur coup (crise financière de 2008 et dettes souveraines de l’été 2010) mais certaines orientations du gouvernement comme la baisse des contrats aidés à destination des jeunes (CJE) ont également joué. Les formules de remplacement de ces contrats n’auront d’impacts sur le marché qu’à partir de 2013.

Les conséquences sur leur parcours

Tous les indicateurs des conditions d’insertion se sont altérés en 6 ans. Avec 8 % de variation, les différences les plus importantes sont le taux de chômage et le taux d’emploi sur 3 ans :

  • seuls 2 jeunes sur 5 ont un emploi pendant les 90% de ces 3 ans,
  • ils passent en moyenne 7 mois au chômage sur les 3 ans (1 mois de plus que les 2004) et 2 ans en emploi (2 mois de moins).

A contrario, la qualité et les conditions d’emploi sont restées stables. 1 jeune sur 3 obtient toujours un premier emploi à durée indéterminée et 2/3 trois ans après. Cette stabilité s’explique en partie par la hausse du statut non salarié (auto-entrepreneurs et augmentation du nombre de docteurs santé libéraux).

Ces indicateurs concernent l’ensemble de la population de jeunes actifs interrogée. Un véritable fossé s’est cependant installé en les comparant par niveau d’études. En effet, les premiers touchés par la dégradation des conditions d’insertion et d’emploi sont les jeunes sans diplôme à l’inverse des ingénieurs, doctorants et jeunes issus des formations médico-sociales. L’accès à l’emploi est toujours rapide pour l’ensemble de la population (62 % en moins de 3 mois) mais il le sera d’autant plus que le niveau d’études est élevé.

Des disparités en fonction du niveau d’études

Une situation très difficile pour les non diplômés

Lors que la conjoncture va mal, une partie des emplois « destinés » aux jeunes non diplômés se réduisent et sont plus convoités par les plus diplômé. C’est le cas, par exemple, des missions en intérim ou des emplois peu qualifiés.

Ces conditions d’insertion plus difficiles se répercutent avec fracas sur les indicateurs liés au chômage : 50% sont en recherche d’emploi(+16% vs 2004) et ces jeunes passent en tout 14 mois au chômage sur les 3 ans qui suivent leur sortie du système éducatif (2 fois plus que l’ensemble des jeunes).

Leurs conditions d’emploi se sont également dégradées: les emplois à durée indéterminée sont rares (seulement 4/10 en 2013 vs 2/3 en moyenne) et hausse du temps partiel contraint de 4 points.

En conséquence, les jeunes sans diplômes voient leur pouvoir d’achat diminuer par rapport à la génération 2004 et ils choisissent de reprendre la voie des études (9% retournent en formation à temps plein et 13 % en alternance.)

Des conditions d’emploi différentes entre les diplômés d’études secondaires

  • CAP – BEP : L’augmentation du taux de chômage est plus importante pour cette population que pour l’ensemble des jeunes (taux de 32% en 2013 et variation de +15% par rapport à la génération 2004). L’activité industrielle en forte baisse explique en partie cette hausse. Leurs conditions d’insertion se sont également dégradées et ils ont plus de difficultés à se maintenir en emploi (seul 29% en emploi pendant 3 ans vs 42% pour les 2004)
  • Bac pro : Ils subissent moins cette dégradation. Cela s’explique certainement grâce l’expérience qu’ils ont acquise en apprentissage et qui leur a facilité l’obtention d’un premier emploi.
  • Bac général: la plupart des jeunes ayant obtenu le bac général ont démarré des études sans avoir validé de diplôme supplémentaire. Ce niveau ne leur permet pas d’accéder à un emploi qualifié et beaucoup mettent du temps à trouver leur premier emploi. Seulement 29 % ont eu un emploi quasi permanent et ils sont la population la plus nombreuse à reprendre les études (27%).

Bac +2 à Bac +4 : la pratique privilégiée à la théorie

Leurs conditions d’accès au premier emploi et leurs salaires sont meilleurs que la moyenne des jeunes. Leur situation 3 ans après leur diplôme s’est cependant dégradée par rapport à la génération 2004. 9% se tourne vers l’alternance, soit 4% de plus que leurs ainés, ce qui représente la plus forte augmentation parmi tous les jeunes actifs de 2010. Il est à noter que le secteur médico-social est épargné par la mauvaise conjoncture grâce à un marché du travail assez règlementé.

  • BTS et DUT : La durée de leur recherche d’emploi est plus longue (7 mois sur 3 ans) et le chômage touche surtout le secteur tertiaire (16 %).
  • Licences pro : 85% sont en emploi en 2013, ceux issus de l’alternance sont les mieux lotis.
  • Licences générales : Leur situation s’est fortement dégradée en 6 ans. Leur taux d’emploi a chuté de 11 point et leur pouvoir d’achat est en baisse. Beaucoup reprennent leurs études pour devenir enseignant (réforme nécessitant un master).

Bac + 5 et > moins impactés par la crise

Légère amélioration de leurs conditions d’emploi par rapport à la génération 2004 (accès rapide à leur premier emploi pour 76 %, temps de chômage stable, 9/10 en emploi et 8/10 en EDI)

Ils ont également une meilleure rémunération et un pouvoir d’achat en augmentation (moins rapide cependant). A noter, une légère disparité en défaveur des Master 2 et particulièrement pour les diplômés en lettres – sciences humaines, gestion et droit (taux de chômage qui a doublé en 6 ans pour atteindre les 12% trois ans après leur diplôme). Les ingénieurs et docteurs sont les plus privilégiés : stabilité du taux d’emploi et de chômage, pas de perte de pouvoir d’achat en 3 ans. Seul le nombre de CDD a augmenté.

Conclusion :

L’arrivée sur le marché du travail est bien plus difficile pour cette génération sortie des études en 2010. Elle est d’autant plus difficile que le niveau de diplôme est moindre.

Si la conjoncture est à la reprise économique, cette disparité devrait s’atténuer mais le Céreq pose la question du bouleversement durable de l’insertion professionnelle des jeunes dues à la crise…

Aller plus loin

11ème enquête du Céreq, réalisée auprès de 700 000 jeunes entre avril et juillet 2013: Consultez et téléchargez l’étude complète

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