État des lieux des recrutements informatiques en 2014

Après avoir exceptionnellement baissé en 2013 (0,2%), le marché informatique repart à la hausse en 2014 avec une croissance de +1,1%. Le volume de recrutement reste toujours aussi important. Il représente, par exemple, 20 à 25% des recrutements de cadres en 2014 (APEC – environ 165000 embauches) et le volume des annonces n’a jamais été aussi élevé. L’informatique de gestion est la plus convoitée avec plus de de 55 000 annonces et 5 % de croissance; suivi de l’informatique liée au web (25 000 offres et +8%).

Niveau secteur, les premiers employeurs sont les SSII/Conseil (malgré un ralentissement constaté), le luxe et la distribution/retail comme l’indique le schéma ci-contre.

Les DSI sont frileux quant à leurs prévisions de recrutement pour l’année 2014 à cause d’un manque de visibilité sur la santé économique de leurs sociétés.  Seuls 4% prévoient plus de 5 recrutements, alors qu’ils étaient 9% en 2013; et 25% prévoient entre 1 et 5 recrutements contre 33% en 2013.

Des attentes différentes en fonction de la taille, du secteur ou de l’implantation géographique

Les profils les plus prisés par les clients finaux ou les SSII ont un niveau d’étude Bac+5, parlent couramment l’anglais et ont une double compétence technique et fonctionnelle.

La fonction informatique est indispensable pour toutes les entreprises, cependant les profils recherchés seront différents en fonction de leur taille. Plus les effectifs sont réduits et plus le profil sera polyvalent, maitrisant à la fois la maintenance et le support, les problématiques de réseaux et de système. Un but essentiel : être opérationnel en cas de problème! D’ailleurs, souvent les petites structures préfèrent même faire appel à un prestataire externe pour gérer ponctuellement ce type d’interventions.

Les attentes en langages informatiques et les méthodes de travail vont être très différentes entre les entreprises industrielles d’un côté et celles du secteur des logiciels ou de l’internet de l’autre. Dans l’industrie, les projets sont de plus grandes envergures, l’exécution des taches doit être plus rapide. Les professionnels de l’IT vont, par exemple, devoir gérer des systèmes embarqués pour des robots programmés avec un langage bien spécifique. Alors que dans le secteur des logiciels, beaucoup de tests sont demandés. Le niveau de qualité et de détails attendu est très élevé. Les candidats vont donc s’orienter différemment en fonction de leurs affinités et centres d’intérêts.

Une différenciation naturelle s’établit également en fonction de leur zone géographique d’études. En effet, certains gros bassins d’emploi vont façonner les spécialités des futures recrues (Toulouse et Airbus, Marseille et le CEA, Sophia Antipolis…)

Des entreprises en profonde mutation

Saas, Big Data, Cloud … mobilité et digitalisation sont en marche !

Les systèmes d’information sont en constante évolution et la surenchère technologique est belle et bien là. Toujours en plein essor, le e-commerce affiche une progression de 21% de ses effectifs et la création de 12 000 nouveaux emplois en 2013 (01 Business).

Dans le secteur du logiciel de gestion, les technologies sont plus anciennes mais évoluent avec le comportement des utilisateurs qui sollicitent de plus en plus le web et le SaaS (Software as a Service). Les raisons de ce changement : un besoin croissant en mobilité (smartphones, tablettes…) et une simplification de l’expérience utilisateur.

Le cloud, lieu de stockage de cette digitalisation, fait appel à des technologies nouvelles, des développeurs et des usages différents. Les profils les plus recherchés pour y répondre sont de très haut niveau et vu les coûts et investissements nécessaires à toutes ces évolutions, les sociétés se tournent de plus en plus vers l’externalisation ou la délocalisation dans les pays émergents (le monde informatique).

A plus grande échelle, le dénominateur commun de toutes les organisations est leur digitalisation. Facebook, par exemple, traite 70 milliards de photos par an (Marketing on the beach) et Wal-Mart gère 1 million de transactions par heure ! (the economist)

Le Big data quant à lui est tourné vers la prédiction, l’analyse des données et les statistiques en grande quantité. Les métiers spécialisés dans les bases de données relationnelles existaient déjà mais la fonction évolue vers la business intelligence (BI) pour aider à mieux piloter les activités et les projets. De nouveaux métiers apparaissent: comme les analystes décisionnels ou les développeurs BI par exemple.

Enfin, une autre grande tendance à l’origine des besoins actuels et futurs des entreprises : la cyber-sécurité ou les problématiques de stockage et de protection des données.

Toutes les entreprises se digitalisent, nous sommes en pleine transformation ! Les secteurs du retail, les sociétés de services et l’aéronautique en tête, créent de l’emploi mais font face à une vraie pénurie de talents qui s’achètent cher car les ressources ne sont pas encore tout à fait alignées avec les besoins.
A contrario, des technologies plus anciennes comme le mainframe (cobol, pacbase) sont toujours utilisées dans des secteurs et font face à une demande non pourvue. En effet, leur enseignement n’est plus dispensé alors que les sociétés continuent à les utiliser pour leur stabilité et par les investissements couteux engendrés par une évolution technologique.Cyril CASTELLANI – Chargé de recrutement, spécialiste du secteur IT

Rencontre difficile entre l’offre et la demande !

Le poids d’une demande supérieure à l’offre, pour tous ?

Un déséquilibre important entre l’offre et la demande existe et induit une concurrence féroce entre les entreprises. En effet, les candidats ont souvent 4 à 5 propositions en parallèle (ingénieurs) et le turn-over reste en général assez faible et régulier. Le MUNCI pointe du doigt cette pénurie de talents BAC+5 et expérimentés. L’association professionnelle des informaticiens lui donne comme principales causes la mauvaise orientation scolaire et le dysfonctionnement du système éducatif (JDN).

Il y a une différence d’intérêt importante de la part des recruteurs entre les profils Bac+3 et Bac+5. Les entreprises (clients finaux) recherchent des profils plus diplômés qui auront développé de bonnes capacités d’analyse et des compétences affirmées pour entreprendre des projets stratégiques comme le site internet, vitrine d’une société par exemple. Une part importante des BTS, Bac+2 et 3 continuent alors leurs études face à leurs difficultés à trouver un emploi (à l’exception des profils de techniciens réseaux, systèmes, administration ou support technique). Cette tendance se répercute sur les courbes du chômage : il touche plus les techniciens supérieurs avec 14 à 18% de demandeurs d’emploi (alors que ces profils représentent 30-40% des effectifs IT totaux) que les cadres & ingénieurs (en quasi plein emploi avec 5 à 6 %  de chômage) (MUNCI)

Les recruteurs évoquent souvent les difficultés à se vendre pour cette population moins diplômée et un gap important entre les connaissances théoriques et la pratique. Les salaires reflètent également ce désintérêt: les bac+3 se voient offrir des salaires de 25k€ par an à leur sortie d’études alors que les Bac +5  oscillent entre 32 et 35 k €.

Qui offrira les meilleures conditions ?

Les candidats ont le choix et cela induit une légère tension sur les salaires. Les développeurs juniors demandent 33k€ et leurs prétentions montent à 40k€ dès qu’ils ont 2 à 3 ans d’expérience. Les postes liés au stockage des données (environ 37k€) bénéficient d’augmentations fréquentes pour les retenir. Souvent seuls en charge de ces projets, l’entreprise risquerait plus à les voir partir. Les profils spécialisés dans les télécoms et les technologies rares et très demandées comme l’open source ont vu leur salaire augmenter face au nombre réduit de postulant (valable également pour les architectes réseaux, ingénieurs Linux, experts stockage et virtualisation).

Mais les DSI et fournisseurs IT subissent une réduction et une pression budgétaire importante depuis 3 ans qui les empêche pour certains de s’offrir des experts. Les recruteurs se tournent alors vers des profils plus juniors. Mais ces nouvelles recrue doivent être formées et ce temps d’intégration plus importants se répercute sur l’activité et doit être calculé en conséquence.

Les SSII ont baissé leurs tarifs à cause de la conjoncture et cette baisse s’est répercutée sur les feuilles de paie. En 2012 par exemple, les rémunérations ont atteint un niveau moyen équivalent à celui de 2009, c’est à dire 2500 € /mois.

Les DSI sont frileux et manque de visibilité sur le business et donc sur la planification des recrutements. Afin d’être réactif en cas de besoin, l’externalisation est souvent envisagée pour faire face rapidement sans prendre de risques financiers.

Les profils les plus recherchés

  • Technicien et administrateurs spécialisés dans infrastructure et bases de données
  • Ingénieurs Études & Développement (pour les projets mobilité, avancées technologiques)
  • Développeur Web (PHP, Flash + Ruby, frameworks comme Magento ou Symfony)
  • Développeurs applications mobiles / technologies digitales (IOS, Android, Html5, géolocalisation, responsive design, javascript …)
  • Développeur C# et .Net
  • Développeurs Java /J2ee (en baisse mais toujours dans le top 5 des + recherchés)
  • Ingénieurs Commerciaux (éditeurs, constructeurs et prestataires IT : profil difficile à trouver et assez exigeant)
  • Spécialistes SharePoint
  • SAP, Linux

En demande croissante

  • Administrateurs systèmes Windows en plein croissance (virtualisation / cloud)
  • Chefs de projets (méthodes agiles …)
  • Spécialistes du Big Data et data analysts (nouveau métier qui demande de l’expérience dans le développement et le décisionnel ainsi que la maitrise de l’anglais)

Profils moins recherchés

  • Consultants ERP, Approvisionnement, administrateurs réseaux, ingénieurs télécoms
  • DSI, leur temps est-il révolu ? A suivre dans un prochain billet !

 

Sources :

Le marché de l’emploi cadre dans les activités informatiques (APEC)

Emploi des cadres : le secteur informatique concentre 20 % des recrutements en 2014 (Solutions IT & logiciels)

Recrutement : les DSI encore plus dans le brouillard (JDN)

2014 : l’IT en croissance selon le Syntec Numérique (Solutions IT & logiciels)

Pratiques de recrutement dans le secteur informatique (JDN)

Aller plus loin

Secteur · Travailler dans les activités informatiques (APEC)

Les salaires informatiques en 2014 (JDN)

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